La lettre de février 2024

                         Le Mont, le 17 février 2024

« L’œuvre accomplie, se retirer :
telle est la Voie (le Tao) du Ciel »

« Lorsqu’on est arrivé au bout de ce que l’on pouvait, et qu’on a accompli l’œuvret dont on portait l’exigence, il faut savoir se retirer comme la mer après la marée haute » (Lao Tseu, Tao Te king, chapitre IX traduit et commenté par Marcel Conche).

Chers Amis sur le Chemin,

Me voilà  à une bifurcation… Nul doute de ma part quant à l’évidence de la Voie… la question n’est évidemment pas de cet ordre. 

Depuis 17 ans, je propose un accompagnement sur le Chemin au plus proche de ce que je sens; j’ai partagé avec vous mon vécu, vous ai fait part de mes découvertes, vous des vôtres et surtout vous m’avez fait confiance ce qui m’a toujours beaucoup touchée.

A la suite de l’interruption de l’accompagnement de cet automne, comme à chaque reprise depuis toujours, je me suis posée la question de continuer ou non  à proposer  zazen, exercices et LeibWeg.

Après mûres réflexions et qu’elles qu’en soient les raisons qui n’engagent que moi, je sens que l’action juste qui est la mienne actuellement est celle de cesser mon activité dès fin mars 2024.

Je sais d’expérience que vous avez les uns et les autres de quoi poursuivre votre chemin, je suis confiante en vos capacités…

Nous continuerons chacun à pratiquer pour soi, mais de cœur  les uns avec les autres.

Cette relation tissée au fil des années prendra fin. Nous allons pour nous dire « au revoir », mettre en pratique l’exercice déjà maintes fois répété, celui de la dé-prise.

Le cœur de cet exercice tient en deux mots: OUI à ce qui est et MERCI!

Geneviève

La lettre de décembre 2023

Chers Amis sur le Chemin,

Comme promis dans mon dernier mail, je viens vous donner de mes nouvelles en
espérant que ces lignes vous trouvent chacune et chacun en bonne forme.
J’ai eu mi novembre l’intervention prévue qui s’est déroulée avec succès. Je peux
ainsi faire des projets pour les assises du premier trimestre 2024 (consulter les dates).

« Tout porte à croire qu’il existe un certain point de l’esprit où la vie et la
mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et
l’incommunicable, le haut et le bas cesse d’être perçu contradictoirement. » 
— André Breton.

N’est-ce pas ce surgissement incontrôlé dont nous faisons parfois l’expérience en
assise, mais aussi dans la vie de tous les jours? Ces minutes heureuses auxquelles
nous pouvons avoir accès de manière fortuite pour peu qu’on y prête attention ?
Celles-ci surviennent dans l’agréable, bien sûr, mais aussi dans le désagréable.
Nous sommes alors dans un lieu qui n’est pas un lieu (mais comment le nommer
autrement?) au-delà des mots, au-delà des contradictions ou des oppositions.

Et ensuite?…Surtout ne pas imaginer qu’une expérience spirituelle aussi infime soit
elle nous garantisse une stabilité quelconque, un point sécuritaire auquel nous
raccrocher.

Le zen nous donne l’occasion de nous ouvrir à notre instabilité, à nous affronter à
notre ombre. Oui ! à cet instant: manque de confiance, insatisfaction, douleur, mal-
être que je sens, que je ressens. Le corps parle, les phénomènes surgissent, les
accueillir sans rien en faire.

« Rien faire et rien qui ne se fasse «  disait Lao Tseu, c’est abandonner toute
propriété distinctive et trouver là le « Bien suprême ».

Le chemin spirituel est un chemin de paradoxe qui dérange notre esprit occidental.
Je vous souhaite donc un bon dérangement… gage d’une pratique engagée!

Je me réjouis de pratiquer à nouveau avec vous et d’ici là vous souhaite de belles
et lumineuses fêtes de Noël et de fin d’année.

Avec toutes mes amitiés.

La lettre d’août 2023

Chers Amis sur le chemin,

J’espère que vous allez bien et viens comme promis vous donner les dates des
assises jusqu’au mois de décembre
.

Comme d’habitude, ces quelques lignes sont là aussi pour partager avec vous ce
qui a nourri ces semaines d’été.

Nous avons été (ou pas…) fidèles à la pratique. La fidélité (même étymologie que
le mot foi) n’est pas un absolu, elle se renouvelle, se perd et se retrouve; se cultive
et s’entretient. D’où, à mon sens, la raison d’être d’un groupe de pratique qui ne se
limite pas à s’asseoir mais bien à suivre, sans l’interrompre, le fil d’Ariane qui nous
a fait dire une fois… c’est « cela !» … et.. nous nous sommes engagés…

« Cela? A un goût de simplicité, d’ordre, de plénitude qui nous surprend au moment
où on s’y attend le moins (parfois même au coeur du désagréable).

Je laisse à Philippe Jaccottet (Eléments d’un songe-Poursuite. Ed. La Pléiade
pp. 309-310) le soin de nous dire avec ses mots ce qu’est pour lui le « cela »:

Cela signifie que se révèle à moi, sans autre caution, sans autre preuve que mon
bonheur et la force que j’y puise, quelque chose qui a été appelé Dieu depuis
toujours; mais non pas une Puissance de la Nature, non pas un monstre, non pas
la Raison, non pas Zeus ou Jéhovah ou Allah, non pas le Christ ou Bouddha; pas
davantage l’Âme du monde, l’Humanité, l’Avenir… Mais cela, pour être détaché
de toute histoire et de tout lieu, n’en est pas moins, n’en est que plus
irrésistible, présent et fort: Insaisissable plus certain en un sens que tout ce
que l’on pourrait saisir. Insituable partout présent….


Soyez vigilant à chaque instant de la survenue toujours inattendue de Cela,
indéfinissable, « insituable et pourtant partout présent ».

La lettre de janvier 2023

« Il n’y a que deux conduites avec la vie : ou on la rêve ou l’accomplit ». — René Char

Rêver sa vie…c’est ce que nous faisons souvent… Ah !  Si seulement… j’avais osé …quand j’aurai fait ceci ou cela etc… En rêvant sa vie, nous courons de-ci-delà et passons à côté de nous-même.

Accomplir sa vie, accomplir (étymologiquement : remplir, réaliser sa vie).   Autrement dit : devenir qui je suis.

Nous sommes sur un Chemin pour lequel nous nous sommes engagés. Ce Chemin est une métamorphose de soi-même, exigeant de nous de devenir disciple de la Voie, en l’occurrence celle du Zen.

Yvan Amar (écrivain, philosophe élève de Chandra Swami Udasin) pose la question suivante :

« Qu’est ce qui préside à la naissance du disciple ?

La reconnaissance d’une valeur nouvelle à partir de laquelle il peut fonder sa vie, dans la liberté et avec le sentiment d’un temps infini. Une valeur qui n’a rien à voir avec la compensation d’un manque ou l’annulation de la souffrance, la disparition de la maladie, de la vieillesse ou de la mort. (…) Cette valeur rend caduque et dérisoire la revendication de la non-souffrance ».

Cette re-connaissance (connaître à nouveau) est celle du réel, nous y entrons grâce à une qualité d’être, le vécu corporel, déjà rencontré mais… oublié.

Dans la fulgurance de l’instant, soudain une expérience pulvérise toutes les injonctions sociales, familiales que nous avons intégrées comme faisant partie de nous-même…

Le Moi pulvérisé…que reste-t-il ? Cette valeur nouvelle, « Corps-je-suis » (IchLeib), véritable acte de conscience, une manière d’être pleinement soi-même.

L’intimité avec cette expérience vécue nous informe mais ne nous transforme pas. Elle nous indique la direction à suivre, nous oblige à devenir le serviteur engagé de la Voie, disciple de la grande Vie qui coule, coule… La pratique, le quotidien deviennent alors le lieu de l’engagement. Ce Chemin de devenir soi-même est un Chemin du OUI qui nous confrontera inéluctablement à une intimité avec… le non !

La lettre d’août 2022

Chères Amies et chers Amis sur le Chemin,

J’espère que vous passez un bel été.

Qui d’entre nous ne se sent pas, par moment, face à des questions ou des inquiétudes qui nous paraissent insurmontables?

Je partage avec vous cette lecture d’un fragment des « Lettres à un jeune Poëte » de Rainer Maria Rilke (dans une traduction de Gustave Roud).

…« Soyez patient envers tout ce qui dans votre coeur attend encore sa réponse; essayez de vous éprendre des questions elles-mêmes, pareilles à des chambres closes, à des livres écrits dans une langue inconnue. Ne vous mettez pas en quête, pour l’instant, de réponses qui ne peuvent être données, parce que vous ne pourriez les vivre. Or, c’est de tout vivre qu’il s’agit. Vivez pour l’heure vos questions. Peut-être alors, dans un jour lointain, en viendrez-vous peu à peu, sans vous en apercevoir, à vivre au coeur de la réponse »…

La plupart du temps les préoccupations ont leur origine dans le Moi, le mental qui veut savoir, contrôler, expliquer, analyser.

« C’est de tout vivre qu’il s’agit ».

Tout, c’est à dire le désagréable comme l’agréable.

Prendre à bras le corps, embrasser la situation qui préoccupe, la ressentir  physiquement, entièrement, corporellement. C’est « être un avec ». Ainsi sera-t-il peut-être possible de vivre au coeur de la réponse…

Bien avant Rainer Maria Rilke, quelque part en Asie, Maître Dogen enseignait :

«Pratiquer le Zen, c’est se connaître soi-même.

Se connaître soi-même c’est s’oublier.

S’oublier c’est être un avec mille et une choses ».

Etre un avec… Expérience corporelle, dénuée de toute possession, de tout savoir, qui permet l’oubli de soi, le silence desquels jaillira une forme de réponse.

Je me réjouis de pratiquer à nouveau avec vous.

La lettre de septembre 2021

Durant l’été je me suis donné un exercice dont je partage avec vous l’expérience faite au jour le jour.

Cet exercice est celui que je propose à chacune de nos rencontres:

être debout et …se sentir.

Se sentir? Je me sens… mais alors qui sent et quoi?

Il est difficile  de ne pas faire d’une sensation un « cela », un quelque chose d’objectivable (mis en dehors de soi).

La pratique nous invite à passer de l’observation du « corps que j’ai » (un objet précis par ex. mains, pieds etc.) à la perception de « corps-je-suis » qui est processus.

Se sentir, se mettre à l’écoute, grâce à la qualité d’attention que nous apprend  la pratique.

Se sentir, est  absolue présence à soi-même.

Se sentir est une autre manière de dire: qu’est ce que j’expérimente à l’instant?

De ce processus, de cette expérience, à chaque fois différente survient le changement.

L’indication : « se sentir » nous met immédiatement au coeur de la pratique,   nous ouvre  un espace intérieur, entre soi et soi.

Pour accueillir ce qui survient, il nous faut nous impliquer (étymologiquement  se plier dans, s’envelopper).

Se laisser envelopper par le processus  de corps-je-suis, se laisser envelopper par l’expérience.

F. Roustang ( hypnothérapeute) nous propose de différencier la perception de ce qu’il appelle la perceptude

« Depuis que l’homme a obtenu l’accès à la conscience de soi, il a détaché la perception de la perceptude (sentir tout partout à la fois), il a découpé le réel en petits morceaux isolés friables, espérant ainsi les mieux maîtriser. Mais à cette tâche, il s’épuise, se rigidifie et se dessèche. Il lui faut donc par exercice et apprentissage revenir aux liens qui le rendent un moment semblable à un animal car c’est seulement alors qu’il peut trouver ou retrouver quelque chose d’une harmonie, d’un accord, c’est seulement là qu’il lui est possible d’être vivant ».

« Se sentir » nous invite  immédiatement à sentir-être-vivant, à opérer un retour en arrière, revenir au tout simple et ainsi retrouver le Non-deux que nous sommes au fond du fond depuis toujours.

Je vous invite durant cet été à exercer le plus souvent possible dans votre quotidien le sentir-être-vivant. Rien d’autre… C’est déjà beaucoup!

La lettre de mars 2021

Bien chers Amis,

Les nouvelles se suivent et se ressemblent, les assouplissements ne sont pas pour demain semble-t-il, la reprise des assises est encore en suspens. Passons les fêtes de Pâques et nous verrons…

Quoiqu’il en soit la pratique est là, je vous accompagne en silence tous les matins et vous êtes là, chacun, chacune…

Un mot m’accompagne ces temps-ci: c’est le mot confiance. Non pas une confiance en quelqu’un ou quelque chose mais cette confiance sans pourquoi qui a un goût inestimable.

Nous avons tous une histoire plus ou moins heureuse, avec une confiance parfois trahie, souvent difficile à retrouver. Une approche psychologique permettant de comprendre (avec l’esprit) les tenants et aboutissants est souvent salutaire mais n’empêche pas de…retomber dans le manque de confiance. Comment sortir de ce cercle vicieux, quels chemins emprunter pour s’en sortir?

Ma propre expérience me dit que tant que nous sommes « dans la tête » il y aura toujours un pourquoi qui renverra à un autre pourquoi et ainsi de suite. Donc il nous faut couper à la racine ce pourquoi. Et ceci ne peut se faire qu’en prenant appui sur le corps, en prenant en compte le corps, le senti, le ressenti.

Dans ma dernière lettre j’évoquais Hirano Roshi qui nous disait « Faites confiance à zazen », mais comment s’y prendre? Faire confiance alors que nous avons été trahi, blessé?

Tout d’abord revenir au début: chacun d’entre nous a connu ne fût qu’une seule fois, brièvement peut-être, ce qu’est la confiance sans pourquoi; revenez dans vos souvenirs à ce goût, laissez vous gagner par cette saveur.

Pour aujourd’hui ce sera « notre madeleine de Proust »…

Revenez-y et…asseyez vous en zazen , revenez à sentir tout partout à la fois, laissez vous toucher par le ressenti du haut du corps qui peut maintenant se laisser descendre, et…faire confiance au zafu qui vous accueille. Cet asseoir là n’en finit pas tout au long de l’assise, goûtez à ce geste de confiance qui se présente et dont vous témoignez à l’instant pour cet instant.

N’attendez rien d’autre que de vous laisser toucher par cette confiance qui peut à nouveau s’installer en vous. Car puisque vous l’avez perçue, ne fût ce qu’une seule fois, votre « être là » en tant que corps l’a intégrée.

Laissez vous « apprendre confiance » par le corps.

La confiance se crée dans l’expérience de l’ici et maintenant.

Lorsque dans le quotidien vous vous sentez à nouveau vaciller….revenez  intérieurement « à votre petite madeleine » à ce goût, laissez vous imprégner…

Dans ce monde en questionnement continu, la seule responsabilité qui incombe à chacun d’entre nous est de nous reprendre, et de retrouver ce goût de la confiance sans pourquoi, geste de la grande vie qui coule en nous.

Je vous souhaite de lumineuses fêtes de Pâques.

C’est avec humilité et détermination que je vous accompagne sur le Chemin.

Amitiés à chacune, à chacun et…à bientôt !

La lettre de février 2021

Chers Amis,

J’espère que vous allez bien, que vous pouvez faire « avec » cette incertitude qui est devenue notre quotidien et qui a toutes les chances de le rester puisque c’est l’impermanence qui est la règle et non l’inverse.

Alors que je vous écrivais …il neigeait… M’est revenue cette phrase tirée du  « Hekiganroku »  et cité par D.T.Suzuki.

« La neige fine, tombe, flocon par flocon. Chaque flocon tombe à sa juste place »

Tranquille, paisible, silencieux et en même temps secrètement Un…tout est en ordre.

L’unité n’est pas quelque chose, situé quelque part que nous devrions chercher à atteindre.

L’unité c’est l’expérience quotidienne, au plus près de ce que l’on vit au delà de l’agréable ou du désagréable.

Il me semble essentiel de sortir de cette illusion qui reste souvent insidieusement tapie au fond de nous-mêmes et qui nous porte à croire que si je pratique bien je ne serai plus triste, en colère ou inquiète. Que nenni!

Peut-être qu’aujourd’hui ce n’est pas la paix, ni l’unité qui sont présentes mais bien la colère, l’inquiétude ou la tristesse, bref une passion triste.

Afin de percevoir cela il faut commencer par voir « avoir de la colère, « avoir de l’inquiétude, « avoir de la tristesse…et pleurer ». Vous n’êtes pas colère mais vous avez de la colère, c’est très différent. Faire intérieurement ce bref recul et dites-vous « j’ai de la colère » puis « je suis colère ». Cette différence de goût intérieur  entre être ou avoir vous permet de prendre un tout petit peu de distance, de ne plus vous identifier à la passion triste qui est la vôtre.

C’est alors que peut-être le calme, la tranquillité se fera sentir au delà de l’agréable ou du désagréable.

N’y a-t-il pas dans votre pratique, dans le geste de s’asseoir, un arrière-plan sur lequel vous appuyer? Arrière plan qui n’est pas de l’ordre du mental mais qui a un goût de connu.

Qui n’a pas cette nostalgie de l’innocence antérieure, de cette partie de notre vie alors qu’il n’y avait pas encore de division sujet-objet, pas de conscience…de?

Lorsque chaque matin nous nous asseyons, simplement« faire confiance à zazen » comme nous le disait Hirano Roshi.

S’asseoir, sans but, sans attendre quoi que ce soit, simplement être là et vous sentir.

Cela vit, vous êtes pleinement vivants, ouverts à ce qui se présente (ou non).

Portez une attention particulière à vos mains, à vos pouces. Le gauche touche-il le droit? Ou est-ce l’inverse?  Sentez qu’il n’y a rien à main-tenir. Laissez vous gagner par la perception de cet Un qui est ni un-ni deux; plus de séparation sujet-objet…

Tranquille, paisible, silencieux, tout est en ordre…chaque flocon tombe à sa juste place.

Sachez que quotidiennement je vous accompagne dans ma pratique, chacune, chacun d’entre vous est là.

En attendant de pouvoir faire le projet de nous revoir « pour de vrai », je vous propose pour ceux que cela intéresse ce qui suit:

Nous retrouver individuellement par téléphone à un jour et heure fixés au préalable (par mail).  Je répondrai à des questions, ou échanges  concernant la pratique (donc la vie!) puis nous éteindrons notre portable et continuerons par une assise à deux  (ensemble mais pas ensemble!).

(Je ne vous propose pas de Zoom ou autre manière de faire, cela ne me semble pas adapté au travail que je vous propose, avis tout à fait personnel et qui n’engage que moi).

De coeur avec vous sur le Chemin qui n’a pas de fin…

La lettre de janvier 2021

« Je voudrais bien l’an prochain réduire ma vie à l’essentiel, autant que possible, et vous êtes dans cet essentiel » (Albert Camus à René Char. 8/7/59).

Chers Amis sur le Chemin,

Je vous adresse cette phrase d’Albert Camus en guise de voeux pour 2021 (il n’est jamais trop tard !)

Cette citation, envoyée par un ami, me touche… si vous partagez ce sentiment, transmettez-la plus loin comme se propagent les ronds dans l’eau.

J’espère que vous allez bien, que votre santé est bonne. Nous sommes entrés dans un temps long dont nous peinons à voir le bout…

Qu’en est-il pour vous? Comment vivez vous ce temps de pratique en solitaire? 

Cette solitude vous pèse-t-elle?

Eprouvez vous de la lassitude ?

Shikantaza…rien que s’asseoir.

S’asseoir est une expérience  physique et spirituelle.

S’asseoir se déploie entre terre et ciel, deux mouvements antagonistes et pourtant indissociables (vers le haut et en même temps vers le bas).

Sentir cet axe vertical qui se fait de lui-même, du périnée jusqu’au sommet du crâne.

Rentrez imperceptiblement le menton et ainsi les dernières vertèbres prennent leur juste place.

Laissez vous détendre dans le front puis les mâchoires, de cette manière la langue se place naturellement derrière les dents.

Le souffle va et vient…

S’asseoir…faire rien, aucun effort … rien que s’asseoir.

Si nous considérons être assis comme une posture courageuse dans laquelle nous serrons les dents pour tenir, ne pas souffrir etc. nous nous  trompons de cible et nourrissons une fois encore l’ego qui est  performance et lutte.

Au contraire si notre assise est juste (cela ne se définit pas mais se sent!), elle est alors un geste,  geste du corps vivant que nous sommes.

Etre assis, c’est oser un saut dans la nudité, dans la reconnaissance de nos fragilités, de nos émotions; simplement voir ce que nous sommes à l’instant, fragiles, vulnérables.

L’immobilité permet de nous voir tels que  nous sommes.

Cette capacité à « voir ce qui est » est une force.

Toujours disponible pour des échanges ou des questions, je vous souhaite joie, découverte, émerveillement dans cette pratique renouvelée quotidiennement.

A bientôt …pour un prochain courrier (eh ! oui !).

La lettre de décembre 2020

J’espère que ces lignes vous trouvent, une fois encore et toujours, en bonne forme.

Cette période de Noël (avec toutes les incertitudes, les contradictions et le flou qui s’installent de plus en plus), nous incite à nous mettre à l’écoute, à rejoindre la profondeur, y trouver la lumière et le calme qui sont notre  guide.

Nous avons la chance de nous confier jour après jour à un exercice qui nous sort momentanément des questionnements concernant le monde…de plus il est tellement simple:

S’asseoir… rien que s’asseoir lorsque je m’assieds. Se donner entièrement, devenir intime  avec « je suis corps », à ce sentir global qui est pure expérience.

Celle-ci nous fait passer de « je pense » à « je suis »; c’est alors que:

« On cesse enfin d’être désorienté (…) il y a de nouveau communication, équilibre entre la gauche  et la droite, la périphérie et le centre, le haut et le bas. Murmurante plutôt qu’éclatante, une harmonie se laisse percevoir. Alors on n’a plus envie de quitter cet endroit, de faire le moindre mouvement; on est contraint ou plutôt porté au recueillement ». (P.Jaccottet: Paysages avec figures absentes)

Retrouver son Orient… voilà mon vœu le plus cher ; que chacun et chacune d’entre vous puisse vivre de chaleureuses et lumineuses Fêtes (bien évidemment différentes des autres années) ainsi qu’une nouvelle année riche en découvertes et amitiés.

Comme vous pouvez l’imaginer, il est bien difficile actuellement de faire des projets pour la reprise des assises. Quoi qu’il en soit, je continuerai à vous envoyer régulièrement un courrier auquel vous pourrez, si vous le désirez, réagir par mail ou au besoin par téléphone et ainsi partager une question, un doute, une expérience.

Oui, vous êtes tous présents dans le dojo lorsque je pratique le matin…nous sommes unis par la pratique c’est le sens de la « sangha » des bouddhistes.

« Zanshin » (mon cœur est avec vous) !

Avec toute mon amitié.